03/09/2020

Notre équipe internationale se propose d’examiner les formes de l’articulation entre travail et famille mises en place pendant le confinement, en les croisant à une analyse des inégalités sociales, notamment de classes et de genre, situées dans des contextes nationaux contrastés. Nous proposons in fine une analyse des transformations engendrées sur le plan du maintien en emploi et de la poursuite de la carrière professionnelle (en particulier des mères), de l’organisation du travail et de son articulation avec les engagements familiaux, de l’éducation et de la continuité pédagogique.

Pour faire face à la pandémie COVID-19 et contrôler la diffusion du virus, de nombreux gouvernements à travers le monde ont opté pour des mesures de confinement plus ou moins souples. Le confinement a ainsi contraint les couples avec enfants à faire coexister dans un espace unique plusieurs activités réalisées ordinairement dans des lieux et des temporalités distinctes : travail professionnel, travail domestique, et travail parental ont été menés de front par les parents. Ajoutons que ces derniers ne pouvaient plus s’appuyer sur les médiations qui participent aux arrangements familiaux, telles que l’école, les modes de garde de la petite enfance, ou les travailleur∙se∙s de l’économie domestique. Cette situation interroge au moins deux activités structurantes des organisations familiales contemporaines :

1. L’emploi et les conditions de travail professionnel: Sous quelles modalités l’activité professionnelle est-elle maintenue ? Comment le chômage à temps partiel, les interruptions de contrat ou le télétravail se sont-ils mis en place? Quelles en sont les déclinaisons sociales (de genre, de groupe professionnel, de classes) d’un point de vue pratique, économique, spatial et temporel ? Comment ces transformations professionnelles ont-elles été vécues par les adultes comme par les enfants ?

2. Le travail parental d’éducation : comment les parents ont-ils pris en charge les activités dédiées à leurs enfants ? Quels types de travail éducatif et/ou scolaire ont-ils mis en place ? Quels ont été les liens avec les équipes scolaires ? Quelles traces cette expérience a-t-elle laissées après le déconfinement en termes de rapport à l’école, aux enfants, de division du travail, etc?

Outre les expériences différenciées du confinement en fonction des classes sociales, notre enquête interroge conjointement la façon dont se transforment les ordres genrés dans le couple et la famille, mais aussi dans l’emploi et au travail : quels arrangements les couples élaborent-ils pour articuler travail professionnel et travail domestique ? Le confinement engendre-t-il une plus grande égalité entre les membres du couple ? Dans quelle mesure ces arrangements interrogent-ils les politiques publiques favorisant l’égalité entre les femmes et les hommes ?

Cette recherche sera conduite dans trois pays de l’espace européen : la France, la Suède et la Suisse. Le choix des lieux d’observation des questions de recherche se justifie par deux raisons principales. Premièrement, leur gestion de la pandémie a été très différenciée : un confinement strictement encadré pendant deux mois en France, un semi-confinement assoupli progressivement en trois phases en Suisse et une politique de la « responsabilité » en Suède. Deuxièmement, ces trois lieux d’observation permettront de comparer ces réponses institutionnelles dans un continuum de régimes d’État-Social: du type libéral ou résiduel suisse à la social-démocratie suédoise, en passant par le corporatisme-conservateur français.

English summary

Children and parents during the COVID-19 outbreak and after. A cross-national study on parenthood, social inequalities and gender relations

Due to schools and childcare facilities closing, along with the subsequent increase of both unemployment and teleworking, the COVID-19 lockdown has generated new kinds of time and space management within families. The project’s aim is to investigate, from a life course and gender perspective, the lockdown’s medium-term social consequences on family life in France, Sweden and Switzerland. The research hypothesis is based on the theoretical framework of vulnerability. We expect that the lockdown generated a stress on family economic and social resources. However, we suppose that the quality and intensity of the stress differed according to the national context. We thus expect variations in the consequences of the crisis among and within the three countries according to gender and individual position in the social stratification. The project relies on a mixed-method approach: longitudinal quantitative databases will be used to analyze the articulation between work and family; qualitative interviews will be conducted to examine in depth the transformations of family arrangements during and after the COVID-19 lockdown and their meanings for family members.


Researchers involved in the project:


France:

Pascal Barbier (Université Paris 1)

Julie Landour (Université Paris-Dauphine)


Sweden:

Ida Ledegram (University of Uppsala)

Mikael Borjesson (University of Uppsala)


Switzerland:

Sandra Constantin (HETSL – HES-SO and University of Oxford)

Jean-Marie Le Goff (University of Lausanne)


If you are interested please contact Sandra Constantin: sandra.constantin@hetsl.ch